Amazonie/Les enjeux du sommet de Belém


Lutte contre la déforestation, préservation de la biodiversité, le sommet de Belèm au Brésil s’y attèle. Ce sommet inédit répond à des enjeux cruciaux pour la planète… comme pour le Brésil.
Selon l’Agence France presse (AFP), à l’appel du président brésilien de gauche Lula dont le pays abrite 60 % de la forêt amazonienne, les pays membres de l’Organisation du traité de coopération amazonienne (OTCA) échangent mardi et mercredi à Belém pour définir des objectifs et protéger la plus grande forêt du monde.

L’enjeu est monumental : surnommée le « poumon du monde », la forêt amazonienne a déjà perdu, selon la revue Nature, en 2021, au moins 17 % de ses 7 millions de km², à une allure accélérée sous la présidence d’extrême droite de Jair Bolsonaro. Ses émissions de dioxyde de carbone ont ainsi augmenté de 117 % en 2020 par rapport à la moyenne 2010-2018, et une partie de son bassin émet désormais plus de CO2 qu’il n’en absorbe.
L’un des principaux défis du sommet sera ainsi de trouver un plan d’action pour éradiquer la déforestation illégale, liée, entre autres, à l’orpaillage, aux trafics de bois ou à la transformation des terres en pâturage, et de mettre au point une position pour la COP28, organisée fin novembre aux Émirats arabes unis.

Puits de carbone et pompe à eau
« La forêt amazonienne est sous pression, par le déboisement et par le réchauffement climatique, rapporte le géographe François-Michel Le Tourneau, directeur de recherches au CNRS. Il importe de protéger coûte que coûte ce qu’il en reste, pour éviter que le carbone retenu par les arbres ne soit rejeté dans l’atmosphère et n’y joue le rôle de gaz à effet de serre, et ainsi atteindre un point de bascule, où il ne sera plus possible de faire marche arrière. »

Abritant 10 % de la biodiversité mondiale, jouant le rôle de puits de carbone et de pompe à eau apportant des pluies aux terres agricoles du sud de l’Amérique latine, la préservation de l’Amazonie est stratégique pour la planète. Lula en a fait, avec succès, l’un des objectifs de son mandat, la déforestation ayant décru de 30 % au Brésil au premier semestre 2023.

« Cette rencontre est un tournant, va-t-il ainsi déclaré quelques minutes avant l’ouverture du sommet. Dans l’histoire de la défense de l’Amazonie, de la forêt, de la transition écologique, il y aura un avant et un après. »
Mais si cette prise de conscience constitue un bon signal, les décisions de ce sommet risquent malgré tout de se révéler essentiellement symboliques.

« Les pays qui détiennent la forêt amazonienne devraient annoncer que leur objectif conjoint est de maintenir cet écosystème afin qu’il reste le plus fonctionnel possible en ralentissant la déforestation, estime François-Michel Le Tourneau. C’est une bonne chose, mais nous sommes au tout début du processus. L’objectif fixé et le calendrier de mise en œuvre seront forcément très vagues, car les pays présents ne sont pas d’accord sur les moyens à mettre en œuvre. »

Intérêts divergents
Si un ambitieux objectif de « zéro déforestation » a été fixé par Lula pour l’horizon 2030, il n’est pas sûr en effet que les huit pays – Brésil, Colombie, Bolivie, Équateur, Guyana, Pérou, Suriname et Venezuela – parviennent à s’entendre sur une feuille de route concrète.
Ils devraient d’ailleurs opter pour une déclaration non contraignante, plutôt que pour une charte ou un accord. Au cœur des dissensions, l’exploitation du pétrole, auquel le Guyana aura, par exemple, du mal à renoncer, ou les projets d’infrastructures, le Brésil envisageant de construire une ligne ferroviaire traversant l’Amazonie pour écouler son soja.

« Le retour de Lula a permis une réduction de la déforestation, car il a redonné aux administrations les moyens de jouer leur rôle et de faire respecter la loi, ce dont Bolsonaro les avait privées, rappelle le chercheur. Mais son gouvernement reste ambigu sur la question. S’il insiste sur l’importance de lutter contre la déforestation en Amazonie, il est bien moins regardant dans d’autres régions, comme le Cerrado, la région agricole au centre ouest du Brésil. Une déforestation record y a été enregistrée cette année, et Lula autorise autant de mises sur le marché de pesticides que Bolsonaro… Ce n’est pas un écolo, son cœur est au social. Mais il a compris l’importance de l’écologie, et à quel point l’Amazonie était une corde sensible, ce qui lui permet d’en jouer sur la scène internationale. »

Carte diplomatique
Mais si la réunion est indéniablement une « jolie carte diplomatique » dans la main de Lula, qui peut se positionner comme un leader et asseoir le retour du Brésil sur la scène internationale, sa solennité représente néanmoins déjà un premier pas. La République démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville et l’Indonésie, trois autres pays de forêts tropicales, participeront ainsi à la réunion mercredi, lui donnant une portée mondiale. La France, représentée par son ambassadrice à Brasília, sera également présente, 90 % du territoire guyanais étant recouvert par la forêt.
En parallèle du sommet politique, des échanges ont aussi été organisés le week-end dernier entre ONG, société civile et représentants des populations autochtones d’Amazonie. « Ils ont une meilleure connaissance du contexte, de ce qui marche ou non, souligne François-Michel Le Tourneau. On peut espérer une institutionnalisation de ces rencontres, qui puissent permettre des coopérations qui seront ensuite généralisées par les chefs d’État ou des coopérations gouvernementales à une plus grande échelle, si elles s’avèrent fonctionnelles. »

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