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Société

Le rappeur togolais Aamron interpellé: des voix s’élèvent

Dans la Capitale Lomé, au Togo, dans la nuit du 26 au 27 mai, l’activiste et chanteur togolais Aamron a été interpellé à son domicile par un peloton de gendarmes, peu avant 23 heures. Aucune procédure judiciaire régulière n’a été engagée selon ses proches. Rapidement relayée sur les réseaux sociaux, la nouvelle a suscité une vague d’indignation au sein de l’opinion et des rangs de l’opposition.

Une arrestation en violation des textes

Pour nombre d’analystes et organisations, cette arrestation qui s’ajoute à plusieurs autres expose clairement le mal dans lequel se trouverait le pouvoir de Lomé. Pour K. A., il s’agit d’une situation propres des «régimes de grande dictature absolue». «Des interpellations du genre confirment clairement que le pouvoir en place cherche à tout museler sachant pertinemment être profondément dans la mauvaise gouvernance et ayant peur du lendemain à tout moment».

Réagissant dès le lendemain, la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), coalition de partis et d’acteurs politiques opposés au régime de Faure Gnassingbé, a publié un communiqué dans lequel elle qualifie l’interpellation d’« arbitraire, illégale et profondément politique ».

Le mouvement dirigé par des figures de l’opposition togolaise invoque plusieurs textes juridiques censés encadrer les procédures d’arrestation. L’article 89 du Code de procédure pénale togolais interdit toute perquisition ou interpellation à domicile entre 18 heures et 6 heures, sauf exceptions strictes, rappelle la DMP, qui dénonce par ailleurs une atteinte à l’inviolabilité du domicile et aux conventions internationales relatives aux droits humains.

« Aamron n’a commis aucun crime », affirme la DMP, qui décrit l’artiste comme un porte-voix de la jeunesse togolaise, connu pour ses prises de position critiques envers le pouvoir. « Il a dénoncé, avec ses mots et sa voix, les abus d’un régime autoritaire », poursuit le texte.

Aamron : Une arrestation politique ?

Dans ce qui s’apparente à un véritable acte d’accusation contre les autorités togolaises, la DMP dépeint un régime « fébrile », qui réagirait dans « la peur du réveil citoyen ». « Enlever un jeune artiste de son domicile pour ses opinions est un acte désespéré », écrit la Conférence des présidents de la DMP.

Ce nouvel épisode intervient dans un climat politique tendu, marqué par une série d’interpellations de figures de la société civile. Parmi elles, le poète et cybermilitant Koffi H. Sitsopé Sokpor, alias « Affectio », également détenu pour ses publications sur les réseaux sociaux.

Dans son communiqué, la DMP appelle à la libération immédiate d’Aamron, d’« Affectio », mais aussi des détenus de l’affaire dite de la « Tigre Révolution » de novembre 2019. Elle exige par ailleurs l’arrêt des poursuites contre toutes les « voix libres » et le respect strict des droits garantis par la Constitution togolaise.

Le mouvement appelle enfin à une large mobilisation. « Cette arrestation marque un point de non-retour », martèle la DMP, qui invite la jeunesse, la diaspora et les « esprits libres » à s’engager pour une société plus juste. « À ceux qui croient encore pouvoir gouverner par la peur, la DMP répond : vous avez déjà perdu cette bataille », conclut-elle.

Cette nouvelle arrestation intervient quelques heures après que la Conférence des évêques du Togo (CET) a elle aussi lancé, le 26 mai, un appel au dialogue et à l’apaisement. La CET s’inquiète évidemment de la situation socio-politique du pays et appelle tous les acteurs au dialogue.

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